Le Baiser de Carpiste

Le Baiser de Carpiste

 » certains se reconnaîtront et d’autres en reconnaîtront certains « 

Je suis une jeune carpe adulte, une jolie petite carpe miroir avec une écaillure magnifique, si quelqu’un trouve mon petit billet, qu’il le fasse connaitre aux pêcheurs et surtout à leurs épouses. 

Auprès d’mes nénuphars, je vivais heureuse, je n’aurais jamais dû quitter mes nénuphars, je n’aurais jamais dû les quitter des yeux. 

Ah ça non, car lorsque j’ai vu tomber de la surface des petites boules de toutes les couleurs, des jaunes, des rouges, des oranges, dans une danse hypnotique forçant ma curiosité, je ne pus m’empêcher d’en goûter une, une jaune, et là, je ressens une piqûre dans ma lèvre inférieure, je me sens tractée vers la surface, ne comprenant rien, je lutte de toutes mes forces, mais un trait invisible m’entraîne vers une toile d’araignée qui m’emprisonne, je ne peux plus bouger, je me retrouve face à Carpiste, c’est son nom, je le sais, il le répète sans cesse, j’arrive malgré tout à garder mon …. Sang froid. 

Carpiste me dit que je suis … BELLE, waouh, même mes amants du printemps, lors de la période de reproduction ne me le disent jamais, ensuite, il devient insistant, me caressant les flancs, prenant soin de moi, presque avec tendresse, puis, il me pèse, me trouverait-il trop grosse avec mes 12 kg 600 grammes ?     

Son épouse devrait être jalouse qu’il ait tant d’attentions pour moi. 

Ensuite, il me prend dans ses bras, pour une séance photo, alors que nous nous connaissons à peine, il abuse tout de même ! 

Visiblement, il aime les souvenirs, serait-il fétichiste ? Quoi qu’il en soit, Carpiste, passant des journées au bord de l’eau, ne semble pas très propre, car une odeur assommante de Brut 33 emplie mes narines, elle couvre avec peine, l’odeur âcre de sueur de plusieurs jours, il doit être Français, les indices ne trompent pas.

Maintenant, il m’embrasse, non mais, hé ho, que s’imagine-t-il, je suis sérieuse moi, et tout ça, devant l’appareil photo, il est en manque de câlins on dirait, un comble, et quel supplice, il n’est pas rasé, il pique, et son haleine, ha son haleine, elle empeste, non pas le Brut 33, mais la bière, une 33 si j’en crois ce qui est écrit sur les bouteilles vides traînant près de son abri, le 33 est sans doute le chiffre fétiche de Carpiste, enfin, j’ai échappé au pire, il ne m’a pas fait de French Kiss, et ses joues doivent être pleines de mucus maintenant, bien fait ! 

Je comprends mieux maintenant, l’épouse de Carpiste qui le laisse partir plusieurs jours à la pêche, ce doit être une délivrance pour elle, je suis même sûr, que Carpiste n’a pas autant d’attention pour elle qu’il n’en a eu pour moi. 

Dire qu’il va probablement pousser le vice jusqu’à lui montrer les photographies de nous deux. 

Après toutes ses émotions, il m’a remise délicatement à l’eau, dans mon malheur, j’ai eu de la chance, j’aurais pu tomber plus mal, j’ai quelques amies qui ont disparu des eaux de notre étang, mais moi, je suis repartie aussi… sec, dans mon banc de nénuphars, et je vous jure, je ferais attention, car tout compte fait, je préfère le fameux baiser de la tanche…

Christophe Babec

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