Raisonner son amorçage 


Raisonner son amorçage 


 

La question de l’amorçage reste centrale pour beaucoup de carpistes. De nombreuses interrogations qui peuvent trouver des réponses dans l’observation des habitudes du poisson et de la pression de pêche

 

 S’il y a bien une question qui revient régulièrement dans les conversations entre carpistes, au bord de l’eau ou sur les réseaux sociaux, c’est bien celle de l’amorçage. Il y a une question de budget, mais aussi des interrogations techniques. 

On me demande souvent des conseils du type :

<< je vais pêcher dans tel étang, comment penses-tu que je dois amorcer ? >>,

<< J’ai pris 5 kg de bouillettes, crois-tu que ça suffira ? >>,

<< tu utiliserais de la graine toi ? >>

 Et me voilà alors bien embêté pour pouvoir répondre. Car s’il y a bien quelque chose que les nombreuses heures passées au bord de l’eau m’ont appris, c’est qu’un amorçage, par définition, ne peut pas s’appliquer partout de la même façon.

 

© Alex Renault

 

 De nombreux paramètres entrent en compte : la topographie du poste d’abord, mais aussi la population de poissons présente et son degré d’activité, ou encore la saison.  Il est donc extrêmement important, avant de mettre en place un amorçage, qu’il soit étalé dans le temps, ou non, de bien connaître l’environnement global, et si le temps manque, de rapidement analyser la situation. 

 

Passer de la théorie à la pratique 

 

 Commençons par quelques règles générales que je m’applique sur chaque poste inconnu :

  • Une observation détaillée des obstacles, zones d’herbiers, structure du fond (vase, graviers, cailloux, algues…), de la profondeur et de la topographie du fond (présence de cassures, de hauts-fonds… );
  • Une observation de l’eau, de la température, de l’activité visible des carpes et autres espèces;
  • En amont, la recherche d’informations sur la population piscicole, la présence d’indésirables.

 

 Ne nous y trompons pas, cette étape peut très bien prendre quelques minutes seulement. Il faut passer de la théorie à la pratique et s’équiper en conséquence pour avoir de quoi sonder, connaître le fond…

 L’erreur la plus grossière et peut-être la plus fréquente serait de croire qu’il suffit d’amorcer (plutôt en grande quantité) devant soi pour attirer du poisson et faire hurler les détecteurs. Bien entendu, il est possible d’arriver à sortir du poisson de cette manière.

Mais, il faut avant tout se demander :

<< ai-je mis toutes les chances de mon côté ? >>

<< Suis-je arrivé au plein potentiel de ce poste ? >>  

 

© Alex Renault

 

Le syndrome de la benne

 

 Souvent, une des erreurs est de commencer par un amorçage massif, que ce soit avec de la graine ou des bouillettes. Jusqu’à plusieurs kilos déposés sans avoir vraiment pris le temps de réfléchir. J’ai pu voir des carpistes atteints du <<syndrome de la benne>> déposer plusieurs kilos de graines par canne sur un lac surpêché où le poisson est hyper éduqué. Je ne dis pas qu’ils n’ont pas sorti quelques carpes au cours de leur session de 48h, au milieu de dizaines de brèmes à toute heure du jour et de la nuit…

 

© Alex Renault

 

 À 200 mètres d’eux, avec deux cannes et un amorçage précis et parcimonieux, j’enchaîne les touches sans être ennuyé une seule fois par les poissons blancs. Même constat sur une petite rivière d’une vingtaine de mètres de large, très sauvage, où deux carpistes atteints du même syndrome déposaient à longueur de journée des kilos de graines, de particules et de bouillettes sans entendre une seule fois leur détecteur sonner en 48h. Sur le poste d’à côté, avec 2kg de graines et 2 kg de bouillettes pour 48h, je sortais 3 poissons de ce bief réputé difficile.

<< Un amorçage raté et c’est toute une session qui peut mal tourner >>

Précision et réflexion 

 

Il peut m’arriver de pratiquer des amorçages massifs mais uniquement lorsque cela se justifie :

 L’observation d’une activité importante par exemple et uniquement de manière progressive. Je commence toujours par amorcer en petite quantité. Si les départs s’enchaînent, progressivement j’augmente le volume d’amorçage, afin d’augmenter le rendement. Si le résultat n’est pas probant, je reprends mon rythme et mon volume d’amorçage normal.  

 Une des techniques que j’apprécie particulièrement, c’est l’amorçage hyper précis constitué de bouillettes (une QUINZAINE tout au plus ), d’un peu de graines (une petite pelle d’amorçage), le tout trempé dans de l’huile (chènevis ou saumon, en fonction des températures et de la population de poissons). J’y ajoute un peu de baby-corn pour constituer un bol d’amorçage qui ne dépasse pas en général / 250 grammes. Le tout est déposé très précisément, sur une surface de 1 m2  maximum autour de mon montage. L’objectif est d’avoir un amorçage attractif, qui fera effet rapidement et surtout qui attirera le poisson au plus près de mon esche.

 

© Alex Renault

 

 Je l’appelle l’amorçage <<à l’assiette>> car, très souvent j’utilise cette technique sur une tache de gravier ou dans un trou d’herbier de la taille d’une assiette.  C’est aussi une image pour représenter mon montage au milieu d’un amorçage très resserré, servi sur un plateau ! 

<< Un amorçage 4 étoiles servi sur un plateau, en quantité raisonnable, m’apporte de très bons résultats >>

Laisser reposer

 

 Une autre petite technique qui m’a souvent permis de sortir de beaux poissons, c’est de laisser reposer un coup qui est amorcé depuis plusieurs jours. Il m’est arrivé d’enchaîner 6 ou 7 départs sur un coup amorcé précisément à chaque dépose, puis de voir les touches s’espacer. Dans ce cas je retire ma canne pour la replacer ailleurs. J’arrête l’amorçage pour une durée de 6 à 12h environ. Après cette période de repos, je redépose à nouveau une canne à cet endroit avec un amorçage très léger (souvent quelques bouillettes entières ou coupées). Et j’ai pu prendre ainsi des sujets souvent plus gros, assez rapidement. Cela vaut donc le coup, parfois, de laisser reposer un spot. 

 

© Alex Renault

 

 L’amorçage long m’a également permis de faire des belles pêches, principalement en pêche rapide en rivière, sur quelques heures. Avec cette technique, je peux quasiment m’assurer 2 à 3 touches en deux heures de pêche, sur un poste amorcé pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Certes cela demande du temps, mais aussi de la discrétion pour éviter de se voir prendre le poste par un autre pêcheur qui m’aurait observé en train d’amorcer. Mais notamment en rivière, c’est pour moi une arme anti-capot en pêche rapide. La différence est vraiment flagrante, jusqu’au moment où, le poisson se conditionne puis devient méfiant. Il est alors temps de laisser reposer le coup…  

 

Et sans amorcer ? 

 

 Pour moi, il est bien sûr possible de prendre du poisson sans amorcer. Mais dans ce cas, la dépose du montage, l’observation et la connaissance des lieux devront être poussées à leur paroxysme pour espérer enchaîner les touches car, ne compter que sur sa bonne étoile pour prendre un poisson ne fonctionnera qu’un temps. 

 

Concluons… 

 

 C’est en tout cas le rythme des touches qui vous donnera une indication sur l’efficacité de l’amorçage et sur la nécessité de l’adapter, que ce soit en terme de composition, de fréquence ou de quantité. 

 Il y aurait beaucoup de choses encore à dire sur l’amorçage et j’aurais, je l’espère l’occasion d’y revenir. J’ai par exemple testé récemment l’impact du bruit du spomb sur des poissons éduqués. Au moindre claquement sur l’eau, les carpes venaient, attirées par le bruit, promesse de nourriture… 

 

© Alex Renault

 

Je retiens une chose des nombreuses heures passées au bord de l’eau :

 Ce qui est vrai un jour, sera peut- être contre-productif le lendemain. C’est le pouvoir d’adaptation qui vous permettra de tirer, bien souvent, votre épingle du jeu. 

 

 Alex Renault 

https://www.facebook.com/alexandre.renault.33

 

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